Publié le 18 Juillet 2025

Il y a des faits divers qui, malgré les années, continuent de résonner comme des avertissements. L’effondrement de deux immeubles, rue d’Aubagne, à Marseille, survenu en novembre 2018, fait partie de ceux-là. Et le jugement rendu début juillet 2025 par le tribunal correctionnel confirme une chose : la négligence en matière de diagnostic immobilier n’est plus une faute légère, mais une responsabilité pleinement reconnue par la justice.
Huit personnes ont perdu la vie dans ce drame. Derrière les pierres qui s’effondrent, ce sont surtout des années de non-dits, de renoncements et de décisions reportées qui s’accumulent. Aucun Diagnostic Technique Global (DTG), pourtant recommandé pour les copropriétés anciennes ou en difficulté, n’avait été réalisé. Ni vote en assemblée générale. Ni initiative individuelle. Le bâtiment menaçait ruine depuis longtemps, mais rien n’avait été formalisé.
À l’issue du procès, trois copropriétaires ont été condamnés à de la prison ferme, un fait rarissime dans ce type d’affaires. Les juges ont clairement établi que leur inertie avait contribué à la catastrophe. L’absence de diagnostic, le manque de transparence sur l’état de la structure, l’absence d’entretien organisé : tout cela a été reconnu comme une mise en danger volontaire.
Ce verdict envoie un signal fort. Car le DTG n’est pas qu’un document technique. Il est souvent le seul moyen pour une copropriété de prendre conscience de ses faiblesses, de planifier les travaux de sauvegarde, et d’éviter que le quotidien ne devienne un risque. Le diagnostic ne garantit pas que tout ira bien, mais il évite au moins de prétendre que tout va bien quand ce n’est pas le cas.
Ce drame, bien au-delà de la cité phocéenne, réinterroge le rôle des syndics, des conseils syndicaux, et des professionnels de l’immobilier. Trop souvent, les diagnostics sont repoussés, perçus comme des dépenses accessoires. Et pourtant, leur absence peut coûter infiniment plus, en argent comme en vies humaines.
Il aura fallu un procès retentissant pour que la rue d’Aubagne devienne un symbole. Symbole d’un système où les alertes ne suffisent plus sans outils concrets. Symbole aussi d’une époque où le patrimoine bâti vieillit et nécessite un regard neuf, rigoureux, et engagé. Le DTG, bien qu’encore trop peu connu, est un premier pas. Il ne sauvera pas à lui seul tous les immeubles vétustes, mais il pourrait bien éviter d’autres rues d’Aubagne.